Répertoire
breton
Guy Le Borgne, 1667

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A Monseigneur,

Monseigneur d’Argouges, Chevalier Seigneur du Plessix-Patté, Bondouffle, Chercois, Montpipeau, de Fontaines, etc. Conseiller du Roy en tous ses Conseils, et Premier President au Parlement de Bretagne.


Monseigneur,

Permettez que je me detâche du Stile ordinaire de la pluspart de ceux qui écrivent, qui par une [p. ii] flateuse humilité méprisent leurs Travaux, et s’accusent de presomption dans la recherche d’un Protecteur de leurs Ouvrages, pour moy je commenceray par l’Eloge du mien, et je ne craindray pas d’avancer que je puis Vous l’offrir sans temerité, il n’est point de la nature de tous les autres, il est d’un Carractere tout particulier, ceux-là doivent presque toujours à leurs Autheurs toute leur force et toute leur beauté, c’est de l’adresse, et du tour de l’esprit, dont ils empruntent leur valeur, et quelque riche que soit le sujet qui les compose, ils sont souvent redevables à l’Art, du merite qu’ils ont dans le monde : Mais dans celuy-ci l’Autheur, son genie, et son adresse n’y ont presque point de part, l’Art n’y contribue d’aucunes de ses graces, et tout y cede à la grandeur de la Matiere.

Je ne pretens donc pas, Monseigneur, Vous rendre cet Ouvrage recommendable par moy-même, ce seroit une audace punissable, et quand je prens la hardiesse de Vous dire qu’il merite d’aller jusqu’à Vous, et de trouver place dans vostre Cabinet, c’est parce que la gloire, et la vertu m’en ont fourny la matiere, Comme vous estes un de leurs Ouvrages le plus achevé, il est juste de ne vous rien donner qui ne vienne de leurs mains, ce seroit vous faire injure de vous presenter quelque chose qui ne portast pas le Caractère de ces divines Filles du Ciel, et c’est pour répondre en quelque sorte à cette haute idée qu’on a conceue de Vous en ces lieux, que je viens mettre sous vostre Protection les Marques les plus [p. iii] ecclatantes d’honneur que la vertu & la gloire ont imprimées dans quelques unes des plus illustres Familles de cette Province. Vous y verrez un meslange glorieux d’Exploicts Militaires, de la splendeur de la Pourpre, des coups de la Politique, des Capitaines, et des Magistrats ; et à ces marques precieuses vous connoistrez le genie de vostre Maison agreablement partagée, et par l’une et l’autre de ces fonctions.

En Vous dediant, Monseigneur, cet Armorial breton, je n’agit pas tant de mon Chef, que par le mouvement de ces nobles Familles dont il enferme les Ecussons ; Elles m’ont fait connoistre qu’elles ne vouloient point d’autre Protecteur de leur Noblesse que celuy qui par l’Eminence et la Pureté de la sienne ne peut avoir que des sentimens relevez pour un rang si sublime : Quelque eclat qui brille dans les Couleurs de leurs Armoiries, quelque grandeur d’Ame qui ayt accompagnée les actions de ceux qui les ont meritées, et qui les leur ont transmises par la suite de tant de Siecles, elles s’assurent neantmoins que vostre Nom accroistra leur lustre, et que ce lustre relevé par les nouveaux Rayons que vous luy donnerez, les maintiendra dans les Siecles à venir.

C’est dans cette pensée, Monseigneur, que ces anciennes Maisons vous demandent la grace de souffrir qu’on arbore l’Ecusson de vos Armes à la Teste des leurs, afin que dans ce noble Ecu tout le Monde remarque que vos Armes parlent fidellement : l’Ecartelé d’Or et d’azur qui en [p. iv] compose le Champ fournira de sujet à de riches observations ; L’Or, par son poids, et sa solidité est le Hyerogliphe de vostre fidelité inviolable au service de nostre invincible Monarque ; L’Azur, le symbole de la pureté de vos Sentimens ; la Puissance de ce Roy des Metaux à qui peu de chose resiste, nous represente encore que rien n’échappe à la force de vos Connoissances, que dans quelques détours que l’injustice se cache, vous sçavez l’aller prendre pour la confondre ; La beauté de ce Bleu celeste est la figure de cette netteté d’Esprit, dont les Clartez penetrent les plus grandes obscuritez et mettent l’Ordre dans les affaires les plus confuses ; et enfin ces trois Quintefeuilles de gueulle qu’on void sur le tout de vos Armes sont les Marques de ce beau feu qui anime vostre zele dans les Fonctions de tous les Employs importans qui vous sont commis, et sont un presage infaillible que tous ces grands attributs que vous possedez si eminament sont hereditaires à vôtre illustre Famille.

Aussi, Monseigneur, vous considere-on icy comme un Astre que le Roy a tiré du premier Ciel de son Estat, et de ce glorieux Firmament, d’où il donne le Branle à tous ses Globes inferieurs pour vous attacher à nostre Sphere ; Vous nous devez donc toutes vos Lumieres, et vous ne pouvez justement refuser que les Estoilles qui brillent dans cette Province depuis plusieurs Siecles (je veux dire ces Familles recommendables qui Vous presentent leurs Ecussons) joignent leurs brillans à vos Clartez pour former avec Vous une constellation [p. v] favorable à leur Patrie, et par cette liaison faire une Aliance qui vous engage à la continuation de vos veilles et de vos soins obligeans au bien public et du particulier ; Ces nobles Familles s’y sont déja jointes par avance, par le respect et la veneration qu’elles ont tant pour vostre merite, que pour le rang que vous tenez à la Teste du plus Auguste Corps de la Province, et qui est le Centre de sa veritable Noblesse ; et vous Monseigneur, vous vous y estes genereusement uny en donnant vostre Estime et vostre Protection à tous les Gentils-hommes qui ont eu le bonheur de vous approcher, du nombre desquels ayant l’honneur d’estre vous trouverez bon que je m’ose glisser dans la foulle, et à l’abry de tant d’Illustres Personnes qui font gloire de voir vostre Nom à la Teste de ceux de leurs Maisons, vous demander la grace de publier que je suis avec un tres profond Respect, et une Soumission toute entiere.

Monseigneur,


Vostre tres-humble et tres obeïssant Serviteur Guy Le Borgne.